Pour qui sonne le glagla

13 10 2009

Paris

Berlin

Pour moi.





Bah alors, tu nous fais du boudin? (3)

12 10 2009

Ca devient très technique, alors j’espère que vous suivez bien.

Il y a donc des gens dont le métier est de découper des saucisses

Il y a des gens dont le métier est de découper des saucisses

Dans les articles précédents, il fut donc question d’appréhender la saucisse avec une base culturelle et méthodologique suffisante. Dans cette troisième et dernière partie nous allons plus loin dans la science de l’aliment, nous passons de la nécessité à l’élégance, de l’ingurgitation à la dégustation.

Et nous affrontons, sans fard, sans peur, une question qui s’avère être un tabou véhiculé de génération en génération. Commençons donc par l’énoncé du problème. Interdit aux âmes sensibles non accompagnées et aux végétariens.

Car voilà, je vais enfin le dire. Qui parmi nous n’a jamais vécu ce moment terriblement gênant où nous plantons gaiement une fourchette dans une saucisse et ne recevons en échange qu’une giclée de gras en pleine face?

Ce problème, que nous nommerons « l’effet agrume », n’est pas négligeable, contrairement à ce que certains esprits chagrins pourraient penser. Vous voilà invité à un dîner mondain chez votre patron, a priori c’est super bon signe. Votre hôte a dégaîné ses meilleures saucisses, et vous glisse, avec un clin d’oeil connaisseur : « je les fais venir de Düsseldorf par avion personnel ». Ah ouais, quand même, vous vous dites, on se fout pas de ma gueule, je vais peut-être l’avoir cette promotion. Avec circonspection alors, vous plantez maladroitement votre fourchette dans votre saucisse, et là, c’est le drame. Une superbe projection de graisse animale vous zèbre le visage. Votre patron, compatissant, fait comme si de rien n’était, et continue à converser avec les convives de la hausse des prix de l’immobilier neuf sur la Côte d’Azur. Et pendant que vous vous essuyez discrètement, chemine dans l’esprit de votre patron que non en fait, vous n’avez peut-être pas la carrure pour ce poste, qu’il faudrait quelqu’un de plus combattif, de plus crédible, quelqu’un dont l’apparence serait plus… hypocalorique, voilà. Vous n’avez pas votre promotion, pire, vous êtes liquidé à la prochaine vague de licenciements, votre patron ne croit plus en vous, il est déçu. Et comme c’est la crise, vous ne trouvez pas de boulot, vous perdez votre appartement dans le 7ème. Vous mettez tout ce qui vous reste dans votre voiture, et partez vers le Sud, vendre des beignets sur la plage, voilà un job avec des débouchés. Mais comme c’est l’hiver, il n’y a personne à la mer et vos beignets pourrissent. Des chiens errants vous attaquent et les petites vieilles en Dior vous traitent de sale clodo. Vous revendez les beignets à une bande de junkies dans un squatt contre une seringue et une dose, et vous mourez quelques mois plus tard au fond d’une cave qui sent le moisi d’une overdose combinée à une indigestion et à la rage.

Tout ça à cause d’un jet de saucisse. C’est con hein.

Heureusement, je suis là pour vous. Avec mon équipe de chercheurs, nous avons mis au point une méthode très efficace de lutte contre l' »effet agrume », que nous avons nommée la Riposte gras-duée, parce que vraiment on a eu beau chercher on n’a pas trouvé mieux et on est désolé.

Cette méthode consiste en la recension de plusieurs techniques de contrage de l' »effet agrume » sur la saucisse, en analysant leurs avantages et inconvénients, afin que chacun y trouve ce qui lui convient au mieux, et puisse ainsi avoir avec la saucisse des rapports sains.

Donc :

Méthode n°1, dite « du Colonel Moutarde avec le poignard dans la cuisine » :

Abandonnez vos scrupules. Elle ne souffre plus, et puis vous vous en foutez. Dans cette méthode, il est question de sang-froid et de conviction. Il est question de bien appréhender son adversaire, et de viser juste. Prenez votre fourchette dans votre poing. Une fois que vous vous sentez prêt, plantez fermement, et surtout, perpendiculairement, votre fourchette dans la saucisse. Le geste doit être accompli avec une très grande rapidité, c’est-à-dire en moins de 2 secondes, soulevé de fourchette compris.

Les + : presque aucun risque d’éclaboussure, défoulement
Les – : peu praticable en société, risque de rayer l’assiette

Méthode n°2, dite « de la prise de sang » :

Les infirmiers ont bien compris, après quelques évanouissements, que planter vigoureusement et avec élan une seringue dans le bras d’un patient pouvait être quelque peu anxiogène. Ils ont donc mis au point une technique hypocrite qui revient au même, et dont nous pouvons nous inspirer. Il s’agit cette fois d’allier douceur et dextérité. Inclinez votre fourchette et insérez-la doucement en oblique dans la saucisse, en prenant garde de percer la peau en biais et en douceur. Pas besoin de garrot.

Les + : tout à fait convenable en termes de bonnes manières
Les – : risque de projection plus élevé que pour la méthode n°1

Méthode n°3, dite « du bouclier de CRS » :

Elle consiste tout simplement à interposer entre la saucisse récalcitrante et soi-même une barrière physique de toute nature. Le plus efficace reste bien évidemment la protection intégrale, de type casque de moto, scaphandre, combinaison anti-radiations, mais on peut tout aussi bien porter des lunettes (ah, pour une fois les bigleux sont avantagés) ou se protéger de sa main.

Les + : l’avantage de cette technique est qu’elle permet, une fois protégé, de se comporter violemment avec la saucisse, sans risque et sans scrupule. D’où son nom.
Les – :  des fois, il y a des gens qui filment.

Méthode n°4, la meilleure, dite « de la Currywurst » :

C’est la méthode la moins risquée, mais la plus coûteuse. Elle consiste seulement à se rendre à l’Imbiss (le snack) le plus proche, et à commander une Currywurst. Selon la tradition, et c’est bien pratique, c’est la gentille dame qui coupera la saucisse en petits morceaux pour vous. Ne vous faites pas de souci, elle, le gras, ça ne la dérange pas : elle est là depuis des heures dans sa petite roulotte. Les vapeurs d’huile de friture et de saucisse, elle ne les sent même plus. Une vraie héroïne du quotidien, et dire que des gens s’emmerdent à sauver des enfants de la noyade.

Voilà, les gens. C’est avec le sentiment du devoir accompli bien qu’avec la larme à l’oeil que je vous laisse voguer vers vos propres saucisses. Maintenant que je vous ai donné les bases du savoir-faire en la matière, il vous appartient de développer par vous-même vos connaissances par l’étude et la pratique.

Va, petit padawan.





Bah alors, tu nous fais du boudin? (2)

10 10 2009

Nous sommes maintenant bien d’accord.

Manger de la saucisse, ça vaut le coup. Déjà, c’est plein de protéines, puis c’est bon. Et ça permet de ne pas jeter à la poubelle certaines choses autrement inexploitables qu’il y a dans le ventre des animaux, parce que le gâchis c’est mal.

Alors oui, il FAUT manger de la saucisse. C’est d’ailleurs une vérité universellement reconnue, comme les Droits de l’Homme ou le fait que Carla B. a recouru à la chirurgie esthétique.

Non, la vraie question, c’est COMMENT.

ATTENTION ! VORSICHT ! WARNING ! AUTO-MOTO !
Attention. Parce que la saucisse revêt pour certaines personnes, non pour vous et moi mais pour d’autres gens, une connotation proprement impropre. Certaines personnes, boudant l’intérêt nutritionnel de la saucisse, trouvent qu’un objet à forme phallique qu’on met dans la bouche, eh bien c’est rigolo ou c’est ridicule, oui, de tels gens existent. Vous les connaissez, c’est ceux qui vous toisent, l’air goguenard, quand vous mangez une banane ou un vibromasseur.

C’est nul, on est bien d’accord. Mais comme on veut la paix dans le monde, on ne va pas les provoquer, et on va bien s’appliquer à se manger la saucisse dans les règles de l’art et de la classe.

Parfois, ça peut demander un peu d’entrainement ou plusieurs essais :

On sent bien que ça ne vient pas.

On sent bien que ça ne vient pas.

Et des fois, on cherche, on tâte, on tâtonne, mais on n’y arrive pas. Dans ce cas, il vaut mieux passer à autre chose. Ce n’est pas un échec, juste une réorientation judicieuse :

Eh ben voilà.

Eh ben voilà.

Mais pour que votre relation à la saucisse demeure une réussite sur tous les plans, je me propose de vous donner quelques orientations générales à même de vous guider sur le chemin sinueux du plaisir buccal :

1. La saucisse n’est pas une flûte traversière

Déconnez pas, vous risquer de vous retrouver avec un gros rond opaque sur le visage pour le restant de vos jours.

Déconnez pas, vous risquez de vous retrouver avec un gros rond opaque sur le visage pour le restant de vos jours.

2. La mini-saucisse est un mythe

 Vous croyez vraiment qu’on mange des mini-saucisses dans le pays de la bière au litre ?

Vous croyez vraiment qu’on mange des mini-saucisses dans le pays de la bière au litre ?

N.B. : Evitez aussi de tremper votre saucisse dans des mixtures à consistance bizarre.

3. Pas bon

Pas classe, pas sexy, pas tate.

Pas classe, pas sexy, pas tate.

4. Bon

L'air épanoui parle de lui-même.

L'air épanoui parle de lui-même.

Vous la saisissez, la nuance? Eh oui, elle est dans les couverts.

Mais pas seulement, car le problème de l’absence de distinction peut persister malgré l’utilisation de la fourchette :

Ce n'est pas très distingué même si on a l'air de s'amuser comme des foufous à ce barbecue.

Ce n'est pas très distingué même si on a l'air de s'amuser comme des foufous à ce barbecue.

Car si utiliser des couverts est une façon très appropriée de manger de la saucisse, il faut cependant en posséder deux. Le couteau permet de neutraliser le caractère phallique de l’aliment, et la fourchette permet de le manger, ce qui reste une part non négligeable du rôle de la nourriture.

Bon, vous avez compris l’essentiel, mais on n’y est pas encore.

Car ce blog est un blog de classe avant tout. Et qu’est-ce qu’il y a de moins classe dans la vie qu’un visage arrosé de jus de tripes, je veux dire, à part Pamela Anderson en jogging prenant un bain d’huile de vidange ?

Je vous laisse méditer sur la question et vous dis à bientôt  pour le troisième et dernier épisode de notre saga en trois parties : L’attaque de la saucisse.

Sur ce, moi, ce soir, je vais à une Barbeuc Party avec des gens distingués.





Bah alors, tu nous fais du boudin? (1)

8 10 2009

Les amis, je suis fière de moi. Très fière.

C’est que, je tiens quand même un blog sur l’Allemagne (ouais, c’était un rappel discret et pédagogue, pour ceux qui sont arrivés en retard ou qui en ont un sur le plan intellectuel), et depuis que je suis arrivée à Berlin, c’est-à-dire très exactement 26 jours et des brouettes, je n’ai pas encore parlé de saucisses.

Ce n’est pas que l’envie m’en manque. Elle me submerge même, elle me dépasse elle m’outrepasse elle me tourdepassepasse, elle me Révolte au Chiapas et je pèse mes mots. Parfois, alors que mon esprit, raisonnable comme chacun le sait, lutte pour rester sur des sujets non-alimentaires, non-oblongs, non-gras, mes doigts, comme de petits boudins (ah, vous voyez!) le trahissent, et placent au détour d’une phrase, vilement caché derrière une virgule, le mot fatidique, saucisse.

Saucisse.

Ou ses congénères, boudins, cervelas, knackis et autres kebanos (là je vous rassure, c’était volontaire, Montbéliard).

Dans mon esprit, une farandole de saucisses de toutes formes, tailles, couleurs et consistances. De chapelets je m’orne, de moutarde je m’enduis et en avant Guingamp.

C’est que oui, voilà, je suis en Allemagne.

Et que, contrairement à ce que la SCNF et la bien-pensance voudraient nous faire croire, l’Allemagne, c’est le pays de la saucisse. Vraiment, j’adorerais vous dire, avec un petit redressement de nuque et un sourcil supérieur « naaaan mais genre trop le clichéééé quoiiii, l’Allemagne pays de la saucisse nan mais n’importe quoi, et Goethe? Et ta soeur? ».

Mais non en fait, non, n’en déplaise à la part de moi qui prône le recul culturel, la tolérance et les leçons de morale. Un pays où snack veut dire knack (ouais, ben tout le monde ne peut pas se vanter de pouvoir faire des allitérations en « nack » sur le thème de la saucisse), où on trouve à chaque coin de rue, au cas où le manque est trop fort, la saucisse de nos fantasmes lovée dans un peu de pain ou emmitouflée dans lit de frites tendres et juteuses, un pays où le KaDeWe, l’équivalent berlinois du Bon marché, est avant tout célèbre pour ses 1200 sortes de saucisse, un pays où le rayon viande des supermarchés n’a pas vu un steak depuis un bail, je suis désolée, mais moi j’appelle ça le pays de la saucisse.

Mais ça tombe bien, parce que J’AIME LA SAUCISSE.

Il fallait que ça sorte, c’était enfoui, tout ça. D’où les majuscules.

Alors voilà, je suis fière parce que j’ai tenu quatre articles avant de craquer, comme un boyau sous la pression, et que quatre articles c’est bien en termes de répression de l’obsession.

Bon, pour me déculpabiliser de tant de trivialité et donner tout de même une caution culturelle à cet article avant de poursuivre notre visite guidée qui vous prendra aux tripes, je procéderai en deux temps :
1/ Evidemment en Allemagne, il y a plein de choses intéressantes, autres que la saucisse. Comme des peintres, des écrivains, de la bière, du salami sur les pizzas, des hommes politiques et des transports performants.
2/ Saucisse (comme saucisson d’ailleurs) vient du latin « salsus », salé. En allemand, on dit « Wurst ». Au pluriel, « Würstchen ».

Je peux reprendre.

Pour les fins gourmets et autres amoureux de la saucisse, Berlin est un paradis. Faites comme si vous ne voyiez pas les allusions lourdingues que je fais toutes les deux phrases, et puis vous n’avez aucune preuve. Parce que Berlin est le lieu d’invention et la capitale de la Currywurst. Mais la Currywurst, c’est quoi? Une saucisse au curry? NON MALHEUREUX, c’est bien plus que ça. C’est une INSTITUTION. Non, je déconne. En fait, c’est une saucisse au curry. Avec du ketchup, de la sauce Worcestershire et souvent des frites. Comme pour la pénicilline, quelqu’un (en l’occurence quelqu’un qui s’appelait Herta) a fait un peu n’importe quoi avec ce qu’il avait sous la main et ça a marqué les siècles suivants.

Currywurst

Currywurst

Les touristes, comme moi, adorent. Les Allemands, je ne sais pas. Je suppose que certains ont réalisé quand même qu’à 8500 calories la bouchée, avec l’odeur de graillon et la mayonnaise à la louche, on avait vu plus 1/ Sexy 2/ Classe 3/ Diététique 4/ Mangeable au quotidien. Personnellement, j’expérimente le 4/ et je n’ai pris que 12 kilos, ce qui me rend très 1/ et n’a en rien nuit à ma 2/ alors pourquoi se priver?

Sinon, en tant que grand reporter du quotidien, j’ai aussi expérimenté pour vous :

– la Bratwurst : ce qui veut un peu tout et rien dire finalement, parce que ça peut être du porc, du beuf ou du veau, qu’on peut les frire ou rôtir et qu’on en trouve partout des différentes. J’ai testé pour vous les Fränkische Bratwurst, saucisses blanches, faites de je ne sais pas trop quoi mais c’est bon. Et puis le côté viande blanche ça fait tout de suite plus sain. Mais si celles-ci viennent de Franken, il vous suffit de choisir au pif un nom de région allemande, de le placer devant Bratwurst et vous trouverez forcément quelque chose qui existe.

Fränkische Bratwurst, raouuu

– Les Wiener Würstchen, littéralement « saucisses viennoises », sont des saucisses de Francfort, bah oui c’est pourtant évident. Cette fois-ci je vous épargne la photo, si vous n’en avez jamais vu, vous n’avez probablement jamais vu de nourriture de votre vie et si j’étais vous je commencerais à m’inquiéter.

– La Bockwurst, appelée aussi Weisswurst, littéralement saucisse blanche, c’est une saucisse blanche. Enfin, avant la cuisson. Dans les snacks, elle est souvent vendue dans un pain plus petit, formant une sorte de hot-dog surréaliste et d’une classe inégalable.

Une Bockwurst dans un Brötchen

Bon, maintenant que je vous ai mis l’eau à la bouche, je vais aller manger du concombre.

A très bientôt pour la suite de cet article de référence, où nous aborderons le point le plus important de notre sujet, à savoir : mais comment qu’on la mange dis-donc, mais quoi donc, eh bien la saucisse mon garçon?

Je vous fais rêver hein.





Photo à vocation artistique prise avec un appareil bof

30 09 2009

C’est chez moi. Enfin, pas loin.

Berlin - BASFblog2





Incursion dans un meeting d' »Angie », ou comment Elvis garde la banane

29 09 2009

Alors, pour ceux qui auraient réussi à passer entre les mailles de mon intensive auto-pub sur Facebook et qui viendraient lire mon blog, comme ça, par hasard, c’est-à-dire potentiellement 0,2 personnes, en termes de probabilités parce que je sais très bien qu’il n’y a pas de miracle sauf peut-être en ce qui concerne Elvis apparemment, eh bien voilà l’article que j’ai récemment posté sur Amphis d’@illeurs, « le webzine de l’aventure étudiante » (en d’autres termes, ça va swinguer) :

Bananana, bananana, banana split

Bananana, bananana, banana split

« Wir haben die Kraft », « nous avons l’énergie ». L’un des principaux slogans de la campagne d’Angela Merkel et de son parti la CDU (Christlich Demokratische Union, L’Union chrétienne démocrate, comme on peut le deviner) dont il faut reconnaître qu’il a un peu moins marqué qu’un certain « Yes, we can ». Question de circonstances.

Mais l’ont-ils vraiment, l’énergie, Angela et ses camarades ?

C’est ce que j’ai décidé d’aller vérifier dans une salle de Berlin, à l’occasion du meeting de clôture de la campagne de la Chancelière. Bon, je me dois d’être franche, j’avais surtout l’intention de participer à une « flashmob ». Une flashmob, c’est une manifestation éclair, un rassemblement prévu à l’avance de gens dans un endroit, pour une action rapide avant dispersion, comme crier « Coin ! Coin ! » et faire un lancer de canards sur une place de Montréal (en août 2003), ou être des dizaines à s’immobiliser en même temps dans un hall de gare (New York, 2008). La flashmob d’aujourd’hui devait s’inspirer de celle qui a eu lieu le 18 septembre, lors d’un précédent meeting de Mme Merkel, et où plusieurs dizaines de personnes ont, ensemble, hurlé un ironique « Yeaaaaaaah ! » à chaque phrase de la candidate.

Je le reconnais, ce n’est pas très malin. Mais voilà, j’avais envie de vivre quelque chose de particulier pour ma première action politique berlinoise. Et je crois qu’il y a peu de choses plus instructives sur le climat démocratique (ou non !) qui peut régner dans un parti, que de voir de quelle façon il traite ses opposants. Opposants d’ailleurs très dociles par avance, le blog organisant la flashmob stipulait en effet que, contrairement à Hamburg où le meeting avait lieu dans un endroit public, la salle d’aujourd’hui avait été privatisée par la CDU, et que si l’on nous demandait de sortir, et bien il était dans notre intérêt de le faire avec calme et coopération. « Vraiment ! ».

Nous voilà donc deux à 11h ce matin, nous approchant des guichets d’accueil de la « Berlin Arena » en nous efforçant d’avoir un sourire de bons petits sympathisants de la CDU. En chemin, nous croisons des gens arborant d’immenses banderoles « Yeaaaaaaaaaaaaaaaah ! » et un air dépité, signe qu’ils ont probablement été implacablement refoulés à l’entrée. Et je ne peux pas m’empêcher de me dire que des gens d’une discrétion aussi, disons, flagrante auraient quand même dû s’imaginer qu’ils ne pourraient pas aisément s’infiltrer dans le secret le plus absolu.

Mais j’apprends très vite qu’il ne suffit pas de ne pas avoir le mot interdit écrit sur son front. En effet, l’inscription au meeting se fait par l’envoi d’un mail à l’équipe, la teAM (j’ai mis du temps à comprendre le jeu de mots… AM, comme Angela Merkel, oui !), donnant son nom et ses coordonnées. Déjà, cette étape de « désanonymation » peut en refroidir plus d’un. Mais un coup d’œil aux listes de noms apprend que d’une façon ou d’une autre, le Parti est bien renseigné : Big Brother regarde l’opposant imprudent ! Sur les listes, les noms et les coordonnées des personnes sont suivies d’une case mentionnant soit « OK » (ce fut le cas pour nous, qui nous sommes présentés comme des français très intéressés par la campagne allemande, ce qui est vrai d’ailleurs), soit « ??? » (probablement pour ceux qui s’appellent MOUSE, Mickey), soit « Yeah ». Ces derniers sont même surlignés en rouge, un rouge signifiant « Attention dangereux gauchiste hurleur gâcheur d’ambiance chaudement militante ». Déjà, la possibilité d’une flashmob massive s’amenuisait considérablement. Comment la CDU a-t-elle obtenu ces informations ? Les organisateurs se sont-ils contentés de « googler » les demandeurs d’invitations pour pratiquer un écrémage des plus évidents opposants, inscrits sur http://www.jedetestelaCDU.de, ou sur http://www.jaimecrierdanslesmeetings.com ? Probablement. Quoi d’autre ? Quel est l’équivalent des RG en Allemagne d’ailleurs ?

Evidemment, le souhait de la CDU de voir le meeting se dérouler dans les meilleures conditions peut se comprendre. Et puis, il était prévisible qu’une flashmob, dont le principe est normalement basé sur la surprise, organisée ouvertement sur internet et qui se reproduit une deuxième fois dans les mêmes conditions, se voie devancée par n’importe qui dont le QI dépasse celui d’un gastéropode.

Mais la sécurité n’est pas infaillible, puisque nous y sommes, nous. L’espoir est donc permis. L’espoir, dont la couleur semble être récemment devenue le orange, tellement il est omniprésent. On se croirait à un meeting de François Bayrou, à la grande époque des présidentielles 2007. Il faut dire que la couleur historique de la CDU est le noir, et que c’est une couleur peu communément considérée comme joyeuse et entraînante, du moins en ce qui concerne les vivants. Je revends donc au plus offrant un t-shirt « teAM » de la CDU, 100% coton, couleur Casimir, finition soignée, comme neuf. Cause : divergence d’opinions politiques. Dans la même gamme, nous recevons aussi le porte-clés tour de cou CDU pour accrocher nos tickets d’entrée.

Nous prenons place dans un gradin assez éloigné de la scène, au milieu de gens d’une cinquantaine d’années en moyenne, portant des panneaux « Angie » (d’ailleurs, les Rolling Stones s’étaient plaints de la reprise de leur chanson lors de la précédente campagne, en 2005). Ce placement sûr (car près des sorties) mais triste (car nous avons raté l’arrivée d’Angela, qui a fendu la foule telle un Airbus dans son tailleur blanc) nous a permis d’avoir une idée de l’ambiance générale du meeting. Et l’ambiance était à la fête « bon enfant » pour ne pas dire « de village ». Avant l’arrivée de la candidate avait lieu un concert, et pour ce que nous avons pu en voir, il y avait du beau monde : Elvis Presley, Louis Armstrong… enfin, leurs sosies, la politique ne peut pas tout. Pour que l’on comprenne bien qui imitait qui, des images des originaux étaient diffusées durant les chansons. Après non pas une, ni deux mais trois chansons d’Elvis (mais non, son sosie, il faut suivre), c’est avec un soulagement certain que nous avons vu le concert prendre fin.

Et puis Mme Merkel est arrivée et a pris place derrière un pupitre. Le discours s’est fait sous forme de réponses aux questions posées par un animateur. Un contact vidéo a été établi avec Munich, où avait lieu un meeting de la CSU, l’Union Chrétienne Sociale, parti distinct vu comme la branche bavaroise de la CDU car les deux forment au Parlement un groupe unique, la CDU/CSU. Après un échange de compliments et un petit lapsus de Mme Merkel qui souhaite un succès électoral « en Bavière et en Allemagne », la chancelière se voit offrir un Lebkuchenherz, un gâteau traditionnel en forme de cœur que l’on trouve notamment à l’Oktoberfest, la fête de la bière à Munich. Dessus, écrit avec de la chantilly et beaucoup d’amour : « Angela unser Sonnenschein », « Angela, notre rayon de soleil ». C’est beau à en pleurer, tant d’amour.

Et où sont-ils pendant ce temps-là nos flashmobbers ? Il n’ont pas encore fait signe, ils attendent sûrement leur heure. Et leur heure vient, alors qu’Angela attaque les choses sérieuses, car elle revient tout juste du sommet du G20 de Pittsburgh. Au fond de la salle, à l’opposé de nous, un vaillant « Yeaaaaah ! » est lancé par… quatre personnes, courageuses, voire téméraires. Tout de suite la réaction de la Chancelière, prête cette fois-ci : « Ah, voici mes amis qui sont de retour ! ». L’assistance éclate de rire, l’image des concernés est retransmise sur les écrans géants, et en un tournemain la flashmob est détournée et mise au crédit de la candidate. Bien joué. Les flashmobbers persistent, et réitèrent à deux ou trois reprises, avant d’être reconduits manu militari vers les sorties. C’est terminé. Les jeunes tout en orange du premier gradin, agitant ballons et pancartes, ont le champ libre pour exprimer leur soutien, sincère celui-là, à la candidate.

Nous sommes déçus. Tellement que nous boudons même la soupe de pommes de terre et les saucisses offertes aux militants après le discours. C’est dire.

En conclusion, et contre toute attente, cette incursion contestataire avortée (doux euphémisme pour ne pas dire « le flop ») fut très instructive. Angela Merkel qui, de notoriété publique, n’a pas un charisme débordant, a axé sa campagne sur l’énergie de son parti. Pourtant, à la veille du jour décisif, elle semble bien fatiguée, et, l’ambiance n’est pas survoltée alors qu’Angela appelle à une campagne de dernière minute pour convaincre les indécis.

Dans les sondages pourtant, la Chancelière appréciée des Allemands voit son parti devancé d’environ 10 points le parti social-démocrate, avec 35% des voix contre 25% pour le SPD. Sondages, qui lors de la précédente élection avaient largement déçu par leur imprécision, d’autant que les citoyens allemands, passablement lassés, vont probablement s’abstenir en masse. Rendez-vous ce dimanche pour en avoir le cœur net.

Vous parlez un peu allemand et voulez savoir pour quel parti vous voteriez ce dimanche selon les grands enjeux de la campagne ? Le Wahl-o-mat est fait pour vous !





Berl2, ah ben ça marche pas

22 09 2009

12travaux

J’ai toujours un peu de mal, avec l’administratif.

Je suis de ces personnes qui ne laissent pas traîner un dossier en souffrance (cette expression induit nécessairement chez moi l’image d’un classeur plein à craquer de paperasse, posé en déséquilibre sur un coin de table, et poussant à intervalles réguliers des gémissements). Bref. Moi, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour que les choses avancent. Tout.

Alors ce qui me fait peur, dans l’administratif, c’est l’agent administratif. Il peuple mes cauchemars, et dans mon univers onirique, la marionnette animée assoifée de sang et Jack l’éventreur font figure de Bisounours en pyjama en pilou lavé à 30° en programme fragile avec de l’adoucissant Minidoux, à côté de l’agent administratif borné.  Lui, vous le connaissez tous, c’est celui qui, vissé à sa chaise, engoncé dans sa fière impuissance, l’oeil torve et les deux mentons en avant, vous répond « ah bah non, c’est pas possible ». Et c’est ça, sa force. Pas besoin de vous attraper sur son épaule pour vous envoyer vous écraser contre un mur en crépi, il suffit juste de dire que c’est pas sa faute, mais que voilà, c’est pas bon et il ne peut rien faire.

Une nouvelle façon de vérifier cette règle d’or des sentiments humains qui fait qu’on préfère la haine (à la rigueur, l’amour) à l’indifférence.

L’agent administratif borné s’en fout, de vous. Le coup de fil salvateur qui vous sépare de la réussite, il pourrait le passer. Mais il s’en fout, quoi. Il a d’autres trucs à penser, point. S’il reste assez de champignons pour la blanquette de veau qu’il cuisinera ce soir, par exemple.

S’il y a des champignons dans la blanquette de veau. Aucune idée. S’il n’y en a pas, remplacez-la dans la phrase précédente par n’importe quel plat contenant des champignons (pour être plus sûr, un plat qui comporte « champignons » dans son nom, comme la « tourte aux champignons » ou la « blanquette de veau aux champignons »), le type de plat que cuisinera l’agent administratif ce soir ayant un caractère assez peu crucial dans ma narration.

Enfin voilà, ce grand moment de digression à caractère diarrhéique pour expliquer que, c’est plus fort que moi, j’ai peur de l’administratif.

Et hier, c’était le jour de mon inscription à la fac à Berlin. La Freie Universität, la FU, prononcez « èfou » pour avoir l’air de vous y connaître.

Et j’avais peur, donc, voilà. Parce que l’agent administratif borné, si en plus il parle allemand, on atteint le summum de la méga-horreur qui fait trop peur sa mère sans déconner.

J’avoue que j’ai fait une intro super-longue principalement parce que ce que j’ai à raconter n’est ni très long ni très intéressant.

Bon, j’arrive à l’Erasmus-Büro (alors pour les non-germanophones fatigués, ça veut dire Bureau Erasmus, eh oui l’allemand c’est facile). Et là, j’avoue, je suis presque déçue : y’a même pas la queue. Mais vraiment quoi, personne. Merde, moi qui pensais trouver là de quoi alimenter mon générateur à râlements-soupirs-« ptaiiiin ».

Bon, alors c’est simple, on me donne une carte, et il faut que j’aille dans un autre bâtiment, à une station de métro, pour la mettre dans une machine et payer mes frais de scolarité. Facile, je me dis.

Là, je suis tellement confiante dans la vie, que j’y vais même à pied (à Berlin, décider de faire à pied un chemin qu’on pourrait faire en transports, c’est soit être suicidaire soit avoir une vraie confiance dans la vie). Et toujours débordante de joie de vivre après 15 minutes de marche, je mets fièrement ma carte dans la machine.

Et là c’est le drame. La technique allemande s’est (heureusement) empressée de donner raison à mon irrationnalité administrative. Et j’ai droit, une fois, deux fois, trois, quatre, cinq fois (ptain z’avez vu, dans l’ordre croissant et sans erreur) à un petit ticket qui dit que « ah bah non, c’est pas possible ». Alors déjà, c’est pas très écolo, et ensuite c’est pas très très gentil.

Je retourne donc, en métro cette fois, au Bureau Erasmus (qui se traduit par… bon laissez tomber). J’ai droit à une deuxième carte, et là j’y crois toujours autant mais un petit peu moins.

Métro. Machine. Je mets ma petite carte, et là, eh bien ça marche. Ca marche super, ça marche tellement super que ça me demande 50 euros de plus de prévu, comme ça, dans la folie du moment.

Et là, c’est le dilemme (vous noterez que pour un modeste article de blog, je m’emploie tout de même à introduire des éléments hautement littéraires et des ressorts dramaturgiques du feu de dieu). 50 euros, pour ma tranquillité?

Sans déconner, je suis pauvre les gens.

Re-retour à l’Erasmus-Büro. Avec l’air désolé, une gentille dame me dit que c’est pareil pour tout le monde et me donne trois cartes pour retenter ma chance. Ouais, trop la joie. Et pour rajouter à cette narration si bien ficelée une touche de suspense de bon ton, je souligne que l’heure de fermeture du bureau, 12h30, approche dangereusement.

Quand j’arrive devant la machine (waouh, 5ème trajet, sûrement une façon détournée de nous faire visiter le campus), deux gentils réparateurs sont en train de lui régler son compte. Et là, ça marche. Et je retourne au bureau. Il est 12h25. Et je suis inscrite. Et je me dis « waouh, faisons-en un article, c’est presque intéressant ».

Dans un film, tous ces aller-retours absurdes auraient été passés en accéléré avec la musique de Benny Hill et des gags à la con.

La vie est un film désespérément bloqué en mode « play ».